ISBL consultants a décidé de diffuser un travail universitaire de toute première qualité consacré au sujet suivant : « Comment mener à bien une politique de mécénat culturel ? Des stratégies d’entreprise en réponse à des motivations déterminées ». Un sujet particulièrement d’actualité si l’on en juge la crise actuelle du mécénat culturel (Journal des arts, 22 oct. 2010, n°333). L’auteur, Clara GIRAUD, est inscrite en Master 2 Droit bancaire et marchés financiers à l’Institut de Droit et d’Economie des Affaires de l’Université Jean Moulin Lyon III

Pour le président de l’Admical (1), Olivier TCHERNIAK, les dés en sont jetés : « Le mécénat culturel est en train de mourir » (2). L’année 2011 s’annonce comme difficile pour les institutions culturelles qui souffrent à la fois de la baisse des subventions de l’État et du recul du mécénat.

Selon Catherine TSEKENIS, déléguée générale de la fondation Hermès, le recul du mécénat culturel s’explique par le fait que, en ces temps de crise, « les entreprises ont privilégié les actions solidaires. […] On a eu plutôt envie d’aller vers la fragilité » (3). Cependant, si d’une manière générale le secteur doit résister à un contexte peu porteur, le concept et le modèle du mécénat restent pertinents. Ainsi, les politiques de mécénat ne sont pas remises en cause mais leur continuité est aujourd’hui sujette à des évolutions de pratiques (4). Le mécénat culturel est en train de se transformer radicalement.

Autrefois, le mécénat désignait toute action délibérée de la part de personnes privées en faveur d’artistes, qu’ils soient interprètes ou créateurs. Le mécénat, « inventé » par un conseiller de l’empereur Auguste, Caïus Maecaenus, esthète et protecteur des belles-lettres, qui lui laisse son nom, fut en effet longtemps réservé à la protection des arts et des activités relevant du talent. La notion reste aujourd’hui encore difficile à cerner de par son absence de définition légale. Cependant, sur proposition de la commission de terminologie du ministère de l’économie, des finances et du budget, le terme mécénat a été approuvé par arrêté (5) pour être utilisé notamment dans les textes officiels. Il est ainsi défini comme « le soutien matériel apporté sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire, à une oeuvre ou à une personne pour l’exercice d’activités présentant un intérêt général ».

Deux aspects permettent de distinguer le mécénat d’autres pratiques comme le parrainage, qui consiste en un « soutien matériel apporté à une manifestation, à une personne, à un produit, ou à une organisation en vue d’en obtenir en bénéfice direct ».

L’absence de contrepartie directe en est la première caractéristique. En effet, le don est fait sans exigence de retour proportionné. D’autre part, le bénéficiaire doit exercer une activité d’intérêt général. Ainsi, il s’inscrit dans une perspective de philanthropie.

Les domaines d’intervention du mécénat sont nombreux. Nous avons choisi de concentrer cette étude uniquement sur le domaine de la culture. Pourquoi ce choix ? Comme le dit Olivier TCHERNIAK, « la culture est le mode le plus engagé de solidarité. Elle permet d’avoir quelque chose à se dire, à partager, et donne de la consistance à la solidarité » (6). Si la culture représente encore une grande part du mécénat global, elle présente aussi l’avantage d’être très diversifiée et touche des domaines aussi passionnants que l’art, la musique ou bien le théâtre. De même, nous ne nous pencherons que sur le mécénat d’entreprise, excluant ainsi le mécénat des particuliers, dont les enjeux sont différents.

Pour l’entreprise, le mécénat est par essence une des expressions de la liberté d’entreprendre. Nul n’est obligé d’être mécène. L’entreprise, quel que soit son statut juridique, son domaine d’activité et sa taille, a l’entière liberté de choix du moment, de la durée et du domaine de son engagement, des sommes qu’elle veut y consacrer, de la nature du concours qu’elle entend apporter à une cause d’intérêt général et du support juridique de cette action. Si le mécénat fut souvent, dans les débuts, un choix personnel du dirigeant ou une initiative de ses services de communication, il est de plus en plus un choix stratégique et le fruit d’une réflexion collégiale sur l’identité de l’entreprise et sur sa place et son rôle d’agent actif de la société civile.

Que de choix, d’alternatives, de possibilités, pour l’entreprise désireuse de se tourner vers l’intérêt général ! Partant, une problématique s’impose : comment une entreprise mécène adapte-t-elle sa stratégie d’entreprise pour parvenir à l’objectif recherché dans le cadre d’une politique de mécénat culturel ?

Les contextes économique et politique évoluent, tout comme les pratiques. « Depuis une cinquantaine d’années, on est passé d’un mécénat de guichet, dans lequel des associations venaient chercher un chèque auprès des entreprises, à une solidarité fonctionnant davantage sur le partenariat. » (7) souligne Claudie ESSIG, ancienne secrétaire générale de l’Admical. En effet, le mécénat apparaît aujourd’hui comme une véritable relation de coopération entre le mécène et le mécéné, créant une valeur ajoutée. Ce n’est ni un don désintéressé, ni un acte commercial, ce qui en fait toute sa subtilité (8)

Source : Comment mener à bien une politique de mécénat culturel ? Des stratégies d’entreprise en réponse à des motivations déterminées, rapport, mai 2011 (extraits).

En savoir plus :

ROUX, Marie-Aude, « Le mécénat déserte la culture », Le Monde, 25 mars 2011, p.24 : voir en ligne

Le mécénat culturel en chute libre, Journal des arts, n°333, 22 octobre 2010 : voir en ligne

Comment mener à bien une politique de mécénat culturel ? Des stratégies d’entreprise en réponse à des motivations déterminées, Rapport universitaire, Mai 2011




Documents Joints:

Comment mener à bien une politique de mécénat culturel ? Des stratégies d’entreprise en réponse à des motivations déterminées, Rapport universitaire, Mai 2011

Les Notes:

[1] Association pour le Développement du Mécénat Industriel et Commercial

[2] ROUX, Marie-Aude, « Le mécénat déserte la culture », Le Monde, 25 mars 2011, p.24

[3] Vidéo sur www.admical.org d’un colloque consacré aux enjeux et perspectives du mécénat en France à la fin de l’année 2010

[4] Enquête Admical : « Quel impact de la crise sur le mécénat ? », 2010

[5] Arrêté du 6 janvier 1989 relatif à la terminologie économique et financière

[6] http://www.acteursdeleconomie.com/archives/act85p84-crise.pdf, p.87

[7] BOUCHER-CASEL, « Le mécénat astucieux d’IKEA : meubler les mal-logés », Management, juin 2008

[8] Site de l’Admical : www.admical.org. Un projet de mécénat réussi est un projet de partenariat.