La dernière étude de l’Observatoire de la Fondation de France réalisée en février 2007 par SCP Communication révèle l’intérêt massif porté par les jeunes générations au secteur associatif. Odile de Laurens, Responsable de l’Observatoire de la Fondation de France, nous livre une première analyse des résultats de cette étude.

Ce quasi plébiscite est enthousiasmant : 85% des moins de 35 ans font confiance aux associations pour changer le monde dans le sens qu’ils souhaitent.

Il ne doit cependant pas occulter deux questions importantes :

  • celle de son origine,
  • celle de la réalité de l’engagement associatif des jeunes, et de sa potentielle transformation demain …

La génération des 15-35 ans est une génération individualiste.

Essentiellement préoccupée par l’égalité des chances, les « jeunes » envisagent la société par la fenêtre insertion économique. L’intérêt général, la fraternité, constituent des concepts flous qui ne les concernent pas. Si la fraternité tombe aux oubliettes : « fraternité, j’arrive pas à le définir », « c’est un mot vide de sens », l’intérêt général n’émerge pas comme la perspective d’un projet collectif favorable au plus grand nombre : « l’intérêt général, c’est l’intérêt de la majorité des personnes ».

Seul, dans un monde dominé par la logique économique, l’individu « jeune » gère le rapport à l’autre par le respect. Garant d’un système individualiste – où chacun a droit à son expression et à sa différence, le respect facilite la coexistence d’opinions, de valeurs d’origines et d’histoires variées. Il est la protection d’une identité individuelle en souffrance. Il s’associe enfin au respect du minimum vital auquel chacun a droit.

La génération des 15-35 ans est une génération qui souffre

Immobilisme et inquiétude semblent écraser cette génération dont l’horizon ne dépasse que rarement la sphère quotidienne.

Si le potentiel de révolte contre une société jugée bloquée et injuste semble fort, les poids que représentent les impératifs économiques, les croisements d’intérêts entre politiques, médias et entreprises l’étouffent à court terme et renvoient les jeunes à leur quotidien. Dans un tel contexte, la notion de courage change de dimension. Les occasions de le mobiliser relèvent de l’intime (la confrontation aux peurs, aux angoisses), du quotidien ou de la défense de ses intérêts individuels.

La solidarité et les associations : un appel d’air dans ce panorama pesant

Que reste-t-il lorsque les manettes du pouvoir, de l’action économique ou de la représentation semblent échapper définitivement ? Les associations. Lieux d’ouverture, d’action, d’expression et de sincérité, les associations sont aimées et réchauffent les discours « ça, c’est un sujet que j’aime bien ».

Actives sur le terrain, réparant les effets de l’inacceptable injustice économique, elles sont également plébiscitées au nom de leur capacité à porter les voix des plus démunis, des causes importantes. En ce sens, les associations sont perçues comme des palliatifs à un système politique de représentation défaillant et inopérant. « Elles sont d’abord à l’écoute des problèmes de la population, elles sont vraiment à la base, elles ont un rôle important ».

Par ailleurs, et c’est l’un des symptômes de leur individualisme, les jeunes sont réticents à compromettre leur identité dans des systèmes de pensée trop globaux (pensée politique notamment). Parce qu’elle est circonscrite à une cause, une mission, un territoire, l’action des associations permet, elle, leur adhésion.

Acteurs d’un mouvement solidaire ?

Agir, en tant qu’individu, procède de ce même appel d’air : être acteur, être utile devient une nécessité pour une telle génération, si toutefois le résultat est suffisamment visible. Ainsi signer une pétition pour se faire entendre, donner un objet, un sandwich, donner de son temps auront leur préférence.

Les résultats du dernier Baromètre de la générosité en France de l’Observatoire de la Fondation de France, dessinent le portrait de l’engagement de cette génération et opposent la réalité des comportements à la force des représentations.

Il convient tout d’abord de rappeler que les moins de 35 ans sont, tous types de dons confondus, moins donateurs que leurs aînés : ils comptent 41 % de donateurs, pour 54 % chez les plus de 35 ans. Parmi les jeunes, ceux qui donnent le font moins fréquemment que leurs aînés.

C’est par les dons en argent par chèques, virements et cartes bancaires qu’ils se déclassent nettement. Avec 27% de donateurs ils sont loin derrière les 60% de donateurs de plus de 35 ans.

Le don moyen des donateurs de cet âge s’élève à 88 euros, quand la moyenne des donateurs de plus de 35 ans est de 115 euros.

Un peu plus nombreux à donner de leur temps à une organisation (22 %) par rapport à leurs aînés (19%), les moins de 35 ans donnent cependant moins en nombre d’heures et par bénévole : 47 heures en moyenne dans l’année, pour 113 heures chez les plus de 35 ans.

Il y a donc un décalage entre ce que les jeunes déclarent par leurs discours (image très positive de la vie associative, forte valorisation du don et de l’engagement) et la réalité de leurs actes. Si leur moindre générosité en argent s’explique par leurs situations financières – et semble se rétablir lorsque les moyens arrivent, le peu de temps qu’ils donnent demeure plus surprenant.

En général, les jeunes envisagent le don intégré à leur vie quotidienne, au hasard d’une rencontre et en écho à une émotion ressentie. Ils effectuent leurs dons au nom d’une « évidence » naturelle, qui doit faire partie de La vie, de leur vie en s’y intégrant sans trop d’effort. On semble donc loin d’une notion d’engagement volontariste qui caractérise la génération dite « Libération » et constitue encore aujourd’hui l’un des soutiens importants du secteur caritatif.

Le prélèvement automatique, les achats solidaires, les dons par SMS rencontrent un succès plus net dans les tranches d’âges jeunes. Mais c’est surtout le don de la main à la main dans la rue qui remporte massivement leur adhésion : 43 % effectuent des dons de la main à la main dans la rue à des personnes ou des organisations (contre 33 % chez les plus de 35 ans).

Les jeunes passeront-ils à l’avenir d’un don plus impulsif et « facile » à un don régulier, engagé aux côtés d’organisations qui ont besoin de temps et d’argent ?

On peut sans trop se risquer avancer que la si forte crédibilité des associations auprès des jeunes constitue un atout fondamental qui n’a pas de raison de se démentir dans le temps, les modes traditionnels de collecte devront eux se révolutionner pour s’insérer de façon indolore dans le quotidien d’une génération qui n’a pas d’opposition de principe à s’« engager » du moment que c’est facile pour elle.

Commentaires publiés par Odile DE LAURENS

Responsable de l’Observatoire de la Fondation de France

En savoir plus :

Etude menée par l’Observatoire de la Fondation de France : Voir en ligne