Engagé depuis plus de 30 ans dans le secteur associatif, Charles-Benoît HEIDSIECK a notamment créé l’association Convergence en 1991 en faveur de l’enfance défavorisée en France et a été administrateur puis Secrétaire Général adjoint de la Fondation pour l’Enfance durant 12 ans. Il est aussi membre de l’Ordre de Malte au service des pauvres et des malades. Convaincu de la nécessité de construire collectivement des solutions efficaces et pérennes, il est membre de différentes instances de réflexion et d’action.

ISBL – Cet ouvrage raconte le parcours de 12 aventures associatives qui conduit à s’interroger sur autant de vision de ce que peut être un projet d’intérêt général. Ces 12 récits de dirigeants associatifs qui ont osé l’intérêt général donnent une image précise de l’accompagnement stratégique commun (réalisé par Le RAMEAU et l’ ADASI) dont ces structures associatives ont pu bénéficier pour faire émerger leur projet innovant, le consolider, le déployer ou le réinventer.

Lors de cette conduite au changement ou peut-être lors d’une phase en particulier de ce cheminement « côte à côte » avec les structures accompagnées, quels sont les principaux leviers ou, au contraire, freins majeurs que vous avez pu identifier ?

CBH – Le RAMEAU a testé durant 8 ans un dispositif d’accompagnement stratégique pour en démontrer l’utilité. Il est maintenant déployé par l’ADASI, en partenariat avec Le Mouvement associatif, Consult’in France, l’Avise et le Ministère en charge de la vie associative. Les 150 accompagnements expérimentaux ont montré que l’enjeu majeur est de trouver la bonne posture. Il s’agit pour l’accompagnateur d’être aux côtés de la gouvernance associative pour l’aider à se positionner sur l’évolution de son projet associatif. L’enjeu est alors moins de définir le « comment » que le « quoi ». C’est surtout dans la projection du projet que la valeur ajoutée est la plus grande, car elle permet d’éclairer les choix stratégiques.

 

ISBL – Ces récits témoignent de la réussite d’un dispositif inédit d’accompagnement à la stratégie, adapté aux spécificités et besoins des projets d’intérêt général, tourné vers le partenariats associations/entreprises et qui « milite en faveur du bien commun et du lien commun ». Le secteur des institutions sans but lucratif pourrait-il aujourd’hui espérer un dispositif public que Le RAMEAU et L’ADASI ont permis de faire émerger ?

CBH C’est déjà le cas puisque ce dispositif a été choisi par le chantier Présidentiel La France S’engage. Mais plus qu’un dispositif public, c’est la capacité à articuler les solutions existantes qui est essentielle. La Caisse des Dépôts anime une réflexion collective pour voir comment chacun peut contribuer à l’enjeu collectif d’un accompagnement associatif qui réponde à l’ensemble des besoins du secteur. Il existe une richesse de solutions, et c’est par sa diversité qu’elle peut les couvrir. Le défi est plus aujourd’hui d’articuler ce qui existe que d’inventer de nouvelles solutions.

 

ISBL – L’approche de la notion d’intérêt général en France est très hétérogène. Les définitions données par l’administration fiscale et les autres services de l’État se fondent sur des critères très différents. Pensez-vous que l’approche de cette notion doit être harmonisée pour une meilleure compréhension du concept ? Quelle représentation première se font les 12 structures accompagnées du caractère d’intérêt général de leurs actions ? 

CBH – Le RAMEAU co-anime depuis 2014 une réflexion sur la question. Après le rapport « Intérêt général : nouveaux enjeux, nouvelles alliances, nouvelle gouvernance », publié en 2015, et le livre collectif « Bien commun – Vers la fin des arrogances ! », publié en 2016, un colloque sera organisé en décembre prochain au Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) pour débattre de cette question. Les 12 récits nous rappellent combien c’est l’engagement de forces et d’hommes au service de nos enjeux collectifs qui est le moteur de cet intérêt général.

 

ISBL – Le RAMEAU a fêté ses 10 ans l’année dernière. Vous êtes le fondateur à l’origine de cette démarche d’accompagnement. Après avoir expérimenté avec succès ce dispositif innovant quelles étapes attend Le RAMEAU aujourd’hui ?

CBH – Notre laboratoire de recherche a mené durant une décennie des travaux empiriques sur l’émergence d’un mouvement de co-construction du bien commun. Selon les dernières études de l’Observatoire des partenariats, 69% des Français, 81% des dirigeants d’entreprise, 86% des responsables associatifs et 87% des maires considèrent que les partenariats sont source d’innovation pour réduire les fragilités et inventer de nouveaux moteurs de croissance et d’emplois.

Nos travaux montrent que cette réalité est déjà très présente sur les territoires puisque 76% des maires pensent que leur territoire est entré dans une dynamique d’alliances, … mais près de 50% d’entre eux ne savent pas comment faire !

Après avoir fait prendre conscience des enjeux de la co-construction pour le bien commun, le nouveau défi pour Le RAMEAU est d’aider à trouver les moyens pour les organisations et les territoires de s’approprier ce mouvement.

 

En savoir plus :

À DÉCOUVRIR … Oser l’intérêt général !, Les Éditions du Net